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11月28日 Tony LainéLa rencontre avec Tony Lainé a t elle été vraiment positive pour Fabienne, si j'en juge le témoignage de mon père: Imaginez vous mettre en pension votre enfant de 4 ans dans un hopital psychiatrique pour plusieurs années ? Puis le médecin décide que vous reprenez votre enfant dans la famille sans aucun accompagnement pour ses membres...(jamais entendu parler de thérapie familiale...) Pourtant il est la seule personne dont ma mère ait un souvenir positif, la seule qui l'ait écouté avec humanité. Et quand il a quitté Poitiers, elle s'est sentie abandonnée. Je ne l'ai pas connu, mais j'ai lu le recueil qu'il a écrit avec Daniel Karlin: "le petit donneur d'offrande, et autres histoires de fous" que j'ai adoré. Voici un article que j'ai trouvé sur lui... DES MOTS-DECHIRURES AUX MOTS-ESPOIRS IL est des hommes rencontrés seulement quelquefois, mais si fortement qu’ils restent inoubliables en vous « fourrant » comme la Prouhèze du « Soulier de satin » du combustible pour la vie. Il en est ainsi pour moi de Tony Lainé dont le coeur délicat, élégant et si plein d’humanité vient de cesser brutalement de battre là-bas au Canada. Tony Lainé était un être à hauteur de civilisation, d’une civilisation rompant avec les mots-déchirures, les mots-cris, les mots-chaînes comme SPECIAL, EXCLUSION, ASILE, MUR, PARTITION, ASSISTANCE, ETRANGE, ALIENE et rappelant au contraire des mots-espoirs, des mots-respect, des mots-diginité pour nourrir une nouvelle pratique-éthique-politique, comme INATTENDU, ECOUTE, ENSEMBLE, ALEATOIRE, AUTRE, DECOUVERTE-DIALOGUE, RELATIVITE, DESORDRE, SURPRISE, PLURIEL, tous constituant comme un éloge du mouvement dont on ne mesure pas - lui le mesurait - le travail caché qu’il assume dans un paysage sociétal brouillé et devenu sans référent. Tony Lainé était un homme éclair dans la grisaille, le mou consensuel, les ténèbres disent certains. C’est de 1981 à 1983, comme ministre de la Santé, que je l’ai beaucoup rencontré et qu’avec d’autres - je pense à la commission Demay - mais lui très fort, nous avons assuré un temps - pour moi très heureux - de conjonction assez exceptionnelle entre les expressions critiques de la psychiatrie et le sommet de l’Etat. Son expression critique personnelle, notamment attachée aux enfants, demeurera une des plus fécondes. Et il fit tout songeons aux émissions de télévision qu’il réalisa avec Daniel Karlin - pour en faire un fait de culture populaire. Mais peut-être la symbolique concrète la plus forte de ses pensées et de son oeuvre fut sa merveilleuse participation comme homme et non comme expert au procès dit du petit David en 1985. Ce garçonnet avait été séquestré, battu, enchaîné par sa maman dans un placard. Tony Lainé « pénétra » le procès et si la maman ne fut pas exonérée de la dimension pénale, le petit David ne fut pas arraché à sa propre histoire et la sentence prononcée contre sa maman, il exprima le souhait, le désir, de la retrouver... après. Tony Lainé l’avait libéré de sa terrible « histoire close ». Je ne sais comment nommer cette issue d’un procès si ce n’est qu’il était inédit, d’autres diraient dissident. Moi je dirais simplement humain, humain comme l’était Tony Lainé, « analyste d’enfant » dont le grand départ me peine tant. Ancien ministre de la Santé. Jack Ralite. Pour nous ce fut peut etre un rendez vous manqué... Fernand DelignyJ'ai retrouvé ce lieu que nous
avions visité et où Fabienne aurait pu finir ses jours si mon père
n'avait pas décidé autrement (bien lui en a pris) Le « radeau » cévenol « A vivre de près avec un autiste, tu apprendras que le langage peut être plus gênant qu'utile » . En Cévennes, la conviction de Deligny qu'il n'y a pas, à proprement parler, à soigner l'autisme mais, au mieux, à accompagner des êtres dont le repli sur eux-mêmes, pour l'essentiel, relève du plus épais mystère, va prendre corps au jour le jour. Il crée le « réseau », ce dispositif d'êtres et de lieux soustraits aux normes administratives et aux théories en cours, entièrement dévolu à l'accueil des « enfants du non-dit ».Autour de simples repères concrets liés aux gestes de la vie (manger, dormir, marcher), Deligny et quelques autres, qui le rejoignent, vont ainsi constituer ce qui s'appelle à Graniès le « radeau » d'un quotidien: ce à quoi l'autiste - mais aussi l'adulte qui vit auprès de lui - peuvent s'accrocher. Les mots, dont Deligny se méfie tant, joueront toutefois un grand rôle dans la façon dont la petite communauté désigne et modèle ses propres outils, son espace, définit les principes de son rôle auprès des enfants qu'elle accueille. D'où le ton et style si particuliers des livres que Fernand Deligny va publier régulièrement, dès lors, et qui connaîtront un large écho parmi les jeunes travailleurs sociaux des années post-soixante-huit: Balivernes pour un pote en 1977 et, les années suivantes, Le Croire et le Craindre, Les Détours de l'agir ou le moindre geste, La septième face du dé, Singulière ethnie... Des livres et des textes aujourd'hui introuvables, comme ce recueil intitulé "Nous et l'innocent" ou les trois numéros spéciaux de la revue « Recherches » publiés en 1975 et 1976 sous le titre "Les cahiers de l'immuable" et qui constituent l'une des interrogations les plus insistantes du siècle sur le statut de la pédagogie, du droit à la « différence », sur le rôle du langage et, tout simplement, sur le sens de l'Homme. "Les lignes d'erre" Quant aux traces écrites, les plus troublantes restent ces cartes, que ceux de Graniès dessinent en se contentant de suivre, de la pointe du crayon, les itinéraires de Janmari - c'est ainsi que Deligny orthographie,le prénom de cet enfant autiste, qui n'a pas quitté la communauté depuis l'origine (il a aujourd'hui plus de quarante ans). L'enfant erre, croit-on, aux alentours de la maison: en fait, les cartes de Deligny montrent qu'il arpente la montagne selon un cheminement immuable, qu'il fait halte en des points précis (près d'une grosse pierre, aux abords d'un ancien foyer, d'un arbre), de telle sorte que ses allées et venues offrent peut-être, une fois repérées sur la feuille de papier, le seul langage - précaire, incertain mais concret - qui permette un dialogue non verbal avec lui. Fabienne aujourd'hui heureusement ne se contente pas d'errer dans la montagne...(où elle randonne en groupe à l'occasion) Elle a de nombreuses activité dont le théatre, la peinture le judo... Grace à une prise en charge adaptée qui n'a pas fait abstraction de la communication et du langage. Cette approche de Deligny me convainct encore plus que les autistes sont souvent victimes de personnes qui s'identifient à leur absence de communication pour se conforter dans leur propre rejet de la société, et font de leur accompagnement un laboratoire expérimental pour leurs thèses . |
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